18 mars 2015

Je suis impuissante mais pas à genoux

Je ne sais même pas par où commencer,
Les mots vont s'aligner, mais auront-ils un sens?
Car le sens de ma vie je ne le vois plus.
Le seul que je vois c'est celui de tenir les mains de ma maman
Pour que sa vie puisse continuer, ainsi que celle de mon papa.
Qu'ils finissent cette vie qu'ils ont commencée il y a 46 ans.
Une vie qui ne finit pas comme ils l'auraient voulu,
Mais comme on dit, la vie est pleine de surprises.
Pourquoi cet invité est venu chez nous?
Il n'y a pas de réponse, c'est comme ça, il s'installe, comme toutes ses autres amies.
Il est entrain de détruire tout autour de nous.
Aujourd'hui je me sens impuissante,


Je n'ai plus de clés à mon trousseau qui fonctionnent.
J'en crée, mais elles fonctionnent pour la journée, je suis en rupture.
Je vois le monde autour de moi s'écrouler petit à petit
Maman qui part doucement, son corps se vide de sa personnalité
Je savais que ça allait arriver, mais quand ça arrive.
Je me croyais forte, mais au fond je suis toute petite contre lui.
Un combat que je mène tout en sachant qu'il n'y aura jamais d'améliorations.
Je sais que se sera chute après chute, je m'accroche et je retombe.
Je ne suis pas à genoux, mais je me sens vide,
Aucunes solutions à ce qu'il m'inflige aujourd'hui.
Il recommence à jouer avec ton humeur, il t'impose deux masques
Qu'il change quand il veut. Tu souris et deux minutes après sans savoir pourquoi
Ton regard change, il devient lointain, perdu, noir de colère, tu te renfermes.
J'essaye d'ouvrir ses portes pour que la lumière revienne
Mais ça l'énerve de voir que j'essaye de ramener ce sourire sur ton visage.
J'arrête, j'ai perdu, car même ma main dans la tienne, une caresse sur la joue, un bisou
Ne fonctionnent pas à tous ses combats, alors je m'éloigne pour qu'il se calme.
Car ces mots qui sortent de ta bouche ce n'est pas toi maman.
Il te fait parler aux personnes qui sont dans les magazines, répondre aux personnes de la télé,
Tu te parles même à toi même dans le miroir, comme si tu parlais à une inconnue.
Il t'empêche de te voir comme tu es aujourd'hui, sur une photo actuelle tu ne te reconnais pas.
Sur une de trente ans en arrière tu te reconnais et sur celle de ton mariage c'est moi que tu vois.
Mais où te situe t-il vraiment, je ne le saurai jamais.
Alors je vais continuer ce chemin où il n'y a que des descentes qui nous attendent.
A tes côtés, je trouverai la force pour ne pas tomber, je ne te lâcherai pas, quoiqu'il arrive.
Je te suivrai dans ce monde inconnu, douloureux où il est entrain de t'emmener.
Je ne te laisserai pas seule, même si c'est de plus en plus dur

Ce lien qui entoure nos mains, il ne se brisera jamais.

Ce texte a été écrit par Doune, aidante de sa maman qui souffre de la maladie d'Alzheimer et publié ici

2 commentaires:

  1. merveilleux texte sur des moments qui le sont beaucoup moins.
    Je suis solidaire et de tout cœur avec vous
    Philippe

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  2. Merci Philippe, je suis très touché aussi par ce que vous faites, j'ai lu votre journée de 24 heures. Bon courage et de tout cœur avec vous aussi. Merci Kat pour ses partages, ses nouvelles rencontres.
    Doune

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