11 février 2015

Tu connais Christelle? Et Doune, tu la connais?

Les parents donnent souvent un petit surnom à leur enfant.
Moi c'est mon frère qui me l'a donné mon surnom.
Doune, on m'a toujours appelée comme ça en famille, les amis.
Christelle était utilisé quand il y avait bêtises, à l'école, puis plus tard dans la société.
Mais je ne pensais pas qu'un jour, mon prénom et mon surnom allaient faire de moi deux personnes différentes.
Puis l'invité m'a démontré que c'était possible.
Je savais qu'un jour, le moment de qui je suis, allait arriver.


Mais au fond de moi, je priais pour qu'il arrive le plus tard possible, même jamais.
Mais il se montre par de petits signes, avec plus de force il devient de plus en plus présent.
Tu me cherches dans la maison, tu me trouves et me demandes où est Christelle.
Côte à côte, tu me demandes où est Christelle.
Je suis là, c'est moi, ma main tient ta main pour te rassurer.
Le temps où ton regard s'interroge sur la personne que je suis, là devant toi.
Puis ton regard se fait plus clair.
L'image de ma personne t'apparaît-elle comme une mise au point d'un zoom?
Je ne sais pas ce qui se passe vraiment pendant ce temps de réflexion.
Si seulement je savais sur quel bouton appuyer, je le ferais tout de suite
Pour t'éviter ce regard si interrogateur, perdu, chercheur.
Puis ce moment revient souvent, chaque jour, il me touche à chaque fois.
Moins que la première fois où il s'est présenté, car je me suis fait une raison.
Puis l'invité voyant que je m'habituais, il a décidé d'aller plus loin.
Je ne pensais pas qu'un jour cette discussion allait exister entre nous, mais elle s'est présentée.
On était toutes les deux, comme d'habitude, après-midi activité, on discutait.
Puis d'un coup, dans la conversation tu me demandes si je connais Christelle.
Il doit être content, il m'a touchée, je ne montre pas ma blessure pour ne pas perdre ton regard.
Est ce que j'ai bien fait, ou mal fait, je t'ai répondu que je la connaissais.
Je ne voulais pas rentrer dans son jeu, gâcher ce moment qui se passait si bien.
Je t'ai laissé continuer de me parler de Christelle, ensuite Doune est apparue dans la conversation.
Un enfant est fier quand il entend ses parents parler de lui.
Une drôle de sensation vous envahit quand votre parent vous parle de vous comme à une personne étrangère.
Je la regardais avec un sourire, mais la tristesse m'a habitée tout au fond de moi.
Il veut que tu te perdes entre Christelle et Doune, ça ne lui suffit pas que tu ne me reconnaisses pas de temps en temps.
Je t'ai pris la main et j'ai changé doucement de conversation, puis nous avons continué notre activité.
Je sais qu'il recommencera, de plus en plus, jusqu'à ce qu'il gagne.
Mais je vais faire mon possible, avec douceur, pour te dire que Christelle et Doune ne font qu'une seule personne, moi, ta fille.
Même si je sais que c'est un combat que je vais perdre à un moment dans notre vie avec l'invité.
Un jour, à tes yeux, je ne serai plus Christelle, ni Doune, ni ta fille, je serai une personne étrangère.
Mais pour l'étrangère que je deviendrai, tu resteras ma petite maman.


Doune.

Doune est aidante de sa maman qui souffre de la maladie d'Alzheimer. Son très beau texte a été publié ici et repris sur le blog Vieux et Merveilles ici

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